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Molière de A à Z

Tartuffe

Comédie d’abord représentée en trois actes et en vers, représentée à Versailles, le 12 mai 1664, à l’occasion de la somptueuse fête des Plaisirs de l’Ile enchantée, puis sous sa forme définitive, en cinq actes, le 5 février 1669, au terme de ce qu’on a appelé « l’affaire du Tartuffe ».

Madame Pernelle, mère du bourgeois Orgon, est scandalisée par la façon dont on vit dans la famille de son fils, et dit vivement son fait à chacun de ses membres, qui devraient plutôt s’inspirer des préceptes de Tartuffe, un « saint homme » qu’Orgon a recueilli chez lui. Tout le monde proteste, car ce personnage n’est qu’un gueux hypocrite, qui profite de la crédulité de son protecteur. Madame Pernelle, ne pouvant imposer silence à la servante Dorine, se retire, furieuse. Dorine décrit pour Cléante, beau-frère du maître de maison, l’affection passionnée que porte son maître au faux dévot. Orgon survient et se montre en effet uniquement préoccupé de la santé de son protégé, en dépit de la maladie de sa femme et des railleries de la servante. Cléante adresse quelques reproches mesurés à son beau-frère sur son manque de discernement, ce qui suscite de sa part une tirade dithyrambique à la gloire de Tartuffe. Puis, devant la réaction de Cléante, qui distingue soigneusement les vrais dévots des faux, Orgon se fâche et se retire sans répondre à ses questions sur le mariage de Mariane et de Valère.

Orgon fait part à sa fille de son projet de la donner en mariage à Tartuffe, ce qui la bouleverse. Dorine survient et raille ce dessein, dont elle n’a aucun mal à souligner la folie et la cruauté. Son attitude met Orgon en fureur, mais il ne parvient pas à la souffleter comme elle le mérite et doit se retirer malgré qu’il en ait. Dorine reproche sa passivité à sa jeune maîtresse, la félicite ironiquement d’être promise à un si beau parti, et lui dépeint sa vie future auprès d’un tel homme. Convaincu que Mariane a accepté d’obéir à son père, Valère adresse à sa bien aimée d’injustes reproches, ce qui entraîne une longue scène de dépit amoureux à laquelle seule Dorine parvient à mettre un terme.

Tartuffe paraît enfin, et Dorine lui fait savoir qu’Elmire, l’épouse d’Orgon, désire s’entretenir avec lui. Damis, le fils de la famille, de nature emportée, décide, malgré les recommandations de Dorine, de se cacher dans un petit réduit pour écouter leur conversation. Tartuffe déclare son amour à Elmire, et, tout en teintant ses propos d’un mysticisme fallacieux, il se laisse aller à un geste qui le trahit en posant sa main sur le genou d’Elmire. Celle-ci répond par le mépris à la déclaration et accepte de ne pas ébruiter l’affaire si le faux dévot renonce au projet de mariage conçu par Orgon. Mais Damis, qui a surpris la conversation, ne l’entend pas de cette oreille et révèle tout à son père. Alors qu’Elmire s’est retirée, le faux dévot fait preuve d’une habileté surprenante, et réussit non seulement à retourner la situation en sa faveur, mais à faire chasser Damis par son père, furieux et désespéré de constater qu’un si saint homme puisse être victime d’une telle machination, ce qui le pousse à lui faire donation entière de ses biens.

Cléante entreprend vainement de détourner le faux dévot du projet insensé d’Orgon, et ce dernier se montre plus décidé que jamais à imposer sa volonté aux siens, bien que Mariane l’implore de n’en rien faire et que chacun essaie de l’en dissuader. Dans ces extrémités, Elmire, révoltée par l’entêtement aveugle de son mari, propose de lui dévoiler l’imposture de Tartuffe. Non sans réticence, Orgon accepte de se cacher sous une table et d’assister à l’entretien qu’elle va demander à l’imposteur. D’abord extrêmement méfiant, l’hypocrite se laisse progressivement séduire par les arguments de la femme qu’il désire, et finit par prononcer des phrases qui ne laissent aucun doute sur sa moralité. Orgon, atterré, veut chasser le criminel de chez lui, mais on apprend que celui-ci est maintenant possesseur, en vertu de la donation, de la maison et de tous les biens de la famille.

La situation est d’autant plus grave que Tartuffe détient une cassette contenant des papiers compromettants pour Orgon. Madame Pernelle, qui n’est pas au courant de la situation, vient soutenir le faux dévot contre son fils qui enrage à son tour, quand survient M. Loyal, un huissier, chargé d’expulser tout le monde. Valère annonce un autre malheur : la cassette est entre les mains du roi, et il ne reste de salut que dans la fuite. Tartuffe paraît alors en compagnie d’un Exempt pour faire arrêter son ancien protecteur, mais, au moment où tout est perdu, l’envoyé du roi fait savoir que Tartuffe est un dangereux criminel, qu’il a emprunté un faux nom, qu’on va le conduire aux galères et que la donation est cassée. Quant à la cassette, le roi la fait rendre à Orgon sans l’avoir ouverte. Plus rien ne s’oppose, dans la joie générale, au mariage des amoureux.

On sait que cette œuvre, qui suscite un scandale, et marque le début de la fameuse « affaire du Tartuffe », connaît une carrière tourmentée, puis un succès posthume. Elle est représentée cent soixante-douze fois de 1680 (fondation de la Comédie-Française) à 1700, puis sept cent quatre-vingt-onze fois au XVIIIe siècle, mille cent six fois au XIXe — on aimait alors à concevoir un Molière victime des dévots ! —, et plus de trois mille deux cents fois depuis sa création, ce qui la place au tout premier rang des œuvres de Molière. C’est même le record absolu du nombre des représentations d’une de ses comédies.