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Molière de A à Z

Ponctuation

Les éditions du XVIIe siècle jouissent d’une ponctuation riche d’enseignements sur les pratiques scéniques du temps, car, à la différence de nos usages actuels, elle revêt une fonction plus orale que grammaticale. Nous savons, grâce à Furetière, que les signes de ponctuation ont à l’époque une valeur de pause plus ou moins marquée, et qu’ils indiquent par là comment un comédien « respirait » son texte :

Un point marque un sens complet, et que la période est achevée. Deux points marquent ordinairement le milieu d’un verset, ou la pause où on peut reprendre haleine. Le point avec la virgule […] marque une pause plus grande que la virgule, et est plus petite que celle des deux points.

En somme, elle est régie au théâtre par les lois de la scène et non par celles de la syntaxe : ainsi, la place même du signe de ponctuation instaure une structuration différente de certaines phrases, ce qui nous renseigne sur le découpage respiratoire de celle-ci, en indiquant la place et la durée relative de la pause. Cette pause peut curieusement se situer entre le sujet et le verbe, ou entre le verbe de son complément ce qui est inadmissible dans l’usage moderne :

Le vouloir épargner, est une raillerie(Le Tartuffe, v. 1037).

[…] et je vous conjure encore une fois, de ne me point apporter de raisons pour m’en dissuader. (L’Avare, I, 2)

Mais, son caractère peu orthodoxe à nos yeux ce découpage respiratoire « passe » très bien au théâtre.

Il est aussi nombre de signes de ponctuation dont la présence — inattendue pour nous — s’explique par un effet dramatique particulièrement expressif. Ainsi, dans le cas des sentences, volontiers scindées en deux temps, la légère pause centrale, qui crée un court suspens, a tantôt pour effet de souligner le paradoxe énoncé :

Le scandale du monde, est ce qui fait l’offense, Et ce n’est pas pécher, que pécher en silence. (Le Tartuffe, v. 1505-1506)

D’autre part, il arrive qu’un personnage retarde un court instant la fin de son assertion, ce qui en souligne la portée et révèle un trait de caractère, ou tout au moins une intention. C’est ce que fait, dans Le Tartuffe, la servante Dorine, quand elle évoque la vengeance qu’une femme qu’on a contrainte à se marier contre ses vœux :

Si j’étais en sa place, un homme assurément Ne m’épouserait pas de force, impunément. (v. 563-564)

Molière souligne de la même manière le caractère scandaleux d’une assertion de Tartuffe :

Lever un tel obstacle, est à moi peu de chose. (IV, 5)

Il en va de même dans Le Bourgeois gentilhomme, où chacun des maîtres de Monsieur Jourdain prêche pour sa paroisse, en rejetant en fin de phrase l’essentiel de l’information :

MAITRE DE MUSIQUE.— Il n’y a rien qui soit si utile dans un État, que la musique. MAITRE À DANSER.— Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes, que la danse. (I, 2)

Parmi les « anomalies » que nous avons conservées dans notre édition, voici quelques cas où le signe de ponctuation (souvent un points d’exclamation ou d’interrogation) n’est pas celui que nous attendrions, mais cela ne nuit en rien ni à la compréhension du texte, ni à son intonation.

Apprends-la-moi ? (La Princesse d’Élide, IIIe Int., s. 2)

D’où peut-il avoir su sitôt le stratagème ! (L’Étourdi, v. 660)

Que vois-je ! mon rival et Trufaldin ensemble ! (L’Étourdi, v. 703)

On le voit, en dépit des fautes et des anomalies qu’elle contient parfois, la ponctuation des textes dramatiques du XVIIe siècle possède sa cohérence propre qui est riche d’informations sur la manière dont le texte était prononcé. Rappelons que le théâtre n’appartient pas complètement à la littérature, qu’il faut lui rendre sa dimension propre, et pour cela respecter la manière dont Molière, le premier de nos hommes de théâtre a conçu une ponctuation elle-même porteuse d’effets.