Molière
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Molière de A à Z

Maladie

La santé de Molière semble initialement plutôt bonne, si l’on en croit les allusions contenues dans le pamphlet Élomire hypocondre, dont l’auteur évoque le « frais embonpoint » du dramaturge et compare ses bras à de « vrais gigots ». Mais elle se dégrade durant les années de lutte, notamment pendant « l’affaire du Tartuffe », au point d’imposer des relâches à la troupe, en décembre 1665 et en avril-mai 1667. Molière souffre d’une affection pulmonaire, ce qui provoque des quintes de toux, ainsi que le mentionne le personnage d’Harpagon, héros de L’Avare, qu’il interprète lui-même : « Je n’ai pas de grandes incommodités, Dieu merci ; il n’y a que ma fluxion qui me prend de temps en temps. » Il suit pour cela, et pendant un certain temps, un régime lacté, dont l’abandon provoque une aggravation de ses quintes de toux. Cette affection doit le gêner, pense-t-on, dans la diction du vers tragique, car elle occasionne, selon les contemporains, une sorte de hoquet ; cela a d’ailleurs pu contribuer à l’orienter vers une diction plus naturelle. C’est cette affection tuberculeuse qui est cause de sa mort en 1673. On s’accorde à penser, d’autre part, que ce mal se double d’une hypocondrie, correspondant à ce que nous appelons dépression nerveuse, qui affecte évidemment son caractère et le rend irritable vers la fin de sa vie.

Cette double affection, le poète la met en scène dans Le Malade imaginaire, comme pour l’assumer et l’exorciser à la fois ; et il en fait même un aveu pudique mais direct par l’intermédiaire de Béralde parlant de Molière à son frère Argan : « il n’a justement de la force, que pour porter son mal » (III, 3). Ce mal qui aurait pu le gêner dans son activité d’auteur et de comédien, stimule au contraire sa création grâce à l’invention de ce malade sain, comme le remarque Patrick Dandrey (Le "Cas" Argan ; Molière et la maladie imaginaire, Paris, Klincksieck, 1993). (Voir « Molière et la médecine de son temps » in Actes du 3e colloque du CMR 17, janvier 1973, publiés dans la revue Marseille, n°95, 1973 ; et Patrick Dandrey La Médecine et la maladie dans le théâtre de Molière, 2 t., Paris, Klincksieck, 1998, en particulier, t. 2, p. 569 sqq.)