DEUXIEME INTERMÈDE

ARGUMENT

L'agréable Moron laissa aller le Prince pour parler de sa passion naissante aux bois et aux rochers, et faisant retentir partout le beau nom de sa bergère Philis, un écho ridicule lui répondant bizarrement, il y prit si grand plaisir, que riant en cent manières, il fit répondre autant de fois cet écho, sans témoigner d'en être ennuyé; mais un ours vint interrompre ce beau divertissement, et le surprit si fort par cette vue peu attendue, qu'il donna des sensibles marques de sa peur: elle lui fit faire devant l'ours toutes les soumissions dont il se put aviser pour l'adoucir: enfin se jetant à un arbre pour y monter, comme il vit que l'ours y voulait grimper aussi bien que lui, il cria au secours d'une voix si haute, qu'elle attira huit paysans armés de bâtons à deux bouts et d'épieux, pendant qu'un autre ours parut en suite du premier. Il se fit un combat qui finit par la mort d'un des ours, et par la fuite de l'autre.

SCÈNE PREMIÈRE

MORON

Jusqu'au revoir; pour moi je reste ici, et j'ai une petite conversation à faire avec ces arbres et ces rochers.

Bois, prés, fontaines, fleurs qui voyez mon teint blême,
Si vous ne le savez, je vous apprends que j'aime;
Philis est l'objet charmant
Qui tient mon cœur à l'attache,
Et je devins son amant
La voyant traire une vache.
Ses doigts tout pleins de lait, et plus blancs mille fois
Pressaient les bouts du pis d'une grâce admirable:
Ouf! Cette idée est capable
De me réduire aux abois.

Ah! Philis, Philis, Philis.
Ah! hem. ah ah ah! hi hi hi. Oh oh oh oh.
Voilà un écho qui est bouffon! Hom hom hom. ha ha ha ha ha.
Uh uh uh. Voilà un écho qui est bouffon!

SCÈNE II

UN OURS, MORON.

MORON.— Ah! Monsieur l'ours, je suis votre serviteur de tout mon cœur: de grâce épargnez-moi? Je vous assure que je ne vaux rien du tout à manger, je n'ai que la peau et les os, et je vois de certaines gens là-bas* qui seraient bien mieux votre affaire. Eh! eh! eh! Monseigneur, tout doux s'il vous plaît. Là, là, là, là. Ah! Monseigneur que votre altesse est jolie et bien faite; elle a tout à fait l'air galant et la taille la plus mignonne du monde. Ah beau poil, belle tête! beaux yeux brillants et bien fendus! ah beau petit nez! belle petite bouche, petites quenottes jolies! Ah belle gorge! belles petites menottes! petits ongles bien faits! À l'aide, au secours, je suis mort, miséricorde, Pauvre Moron, ah, mon Dieu! Et vite, à moi, je suis perdu! (Les chasseurs paraissent*.) Eh, Messieurs ayez pitié de moi? bon Messieurs tuez-moi ce vilain animal-là. Ô Ciel! daigne les assister. Bon le voilà qui fuit, le voilà qui s'arrête et qui se jette sur eux. Bon en voilà un qui vient de lui donner un coup dans la gueule. Les voilà tous à l'entour de lui. Courage, ferme, allons, mes amis. Bon, poussez fort, encore, ah! le voilà qui est à terre, c'en est fait il est mort. Descendons maintenant pour lui donner cent coups. Serviteur Messieurs, je vous rends grâce de m'avoir délivré de cette bête, maintenant que vous l'avez tuée, je m'en vais l'achever, et en triompher avec vous.

Ces heureux chasseurs, n'eurent pas plus tôt remporté cette victoire, que Moron,devenu brave par l'éloignement du péril, voulut aller donner mille coups à la bête, qui n'était plus en état de se défendre, et fit tout ce qu'un fanfaron ,qui n'aurait pas été trop hardi, eût pu faire en cette occasion; et les chasseurs pour témoigner leur joie, dansèrent une fort belle entrée; c'étaient les sieurs Chicanneau, Baltazard, Noblet, Bonard, Manceau, Magny, et La Pierre*.