NOTICE
L'argument du Médecin volant est aussi sommaire que celui de La Jalousie du Barbouillé, également emprunté à cette espèce de fonds commun que constituent les canevas des comédiens italiens; en perticulier, Scaramouche joue un Medico volante en 1647, mais on trouve d'autres illustrations de ce thème dans les œuvres de l'époque. Comme pour La Jalousie du Barbouillé, on ignore si cette pochade est de la main de Molière, car rien ne permet de le penser à l’échelle de l’écriture, mais on sait qu'elle était au répertoire de la troupe, puisqu'elle a été joué devant le roi, le 24 octobre 1658, puis seize fois de 1659 à 1664. Mais comme le texte figure dans le même manuscrit que La Jalousie du Barbouillé et qu’Austin Gill* a montré qu’il était de Molière...
La recherche des sources est ici complexe, car il s’agit d’un sujet qui circule dans toute l’Europe. On connaît une comédie de Lope de Vega, El Acero de Madrid, qui contient ruse, feinte maladie, diagnostic et remèdes du faux médecin, ainsi que plusieurs versions italiennes, sans doute postérieures du Medico volante. Enfin, Patrick Dandrey indique qu’une version de ce scénario était joué en 1647 à Paris par le célèbre Scaramouche, et qui pourrait bien avoir été une source directe de Molière*. Quant au Médecin volant de Boursault, publié en 1665, il est très probablement redevable à celui de Molière, comme le laissent penser les similitudes d’expression qu’on y trouve.
Sganarelle s'introduit chez le bourgeois Gorgibus, pour servir les amours de Valère, et se fait passer pour un médecin. Comme Gorgibus le rencontre par hasard un peu plus tard sans son habit de médecin, il s'invente un frère jumeau et doit par la suite jouer les deux personnages devant le bourgeois, en passant rapidement d'un rôle à l'autre. Outre le fait qu’on peut y voir l'origine de la satire des médecins que Molière poursuivra ultérieurement jusqu’au Malade imaginaire, l'intérêt de cette farce tient, à la qualité du jeu de l'acteur et au rythme du spectacle, ce dont le texte ne porte évidemment pas trace.
Le texte dont nous disposons n'est probablement qu'une sorte de canevas à partir duquel les comédiens devaient exploiter, selon leurs génie propre, tel effet que peut-être le texte ne mentionne même pas ou qu'il se contente d'évoquer. L’art des farceurs, tout comme celui des comédiens italiens est à jamais perdu.