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Le Sicilien ou l’Amour peintre

Notice


LE SICILIEN OU L’AMOUR PEINTRE

COMÉDIE

Par I.-B. P. de MOLIÈRE

Représentée pour la première fois à Saint-Germain-en-Laye,
par Ordre de Sa Majesté,
au mois de février 1667,
et donnée depuis au public
sur le Théâtre du Palais-Royal,
le 10e du mois de juin de la même année 1667
par la Troupe du Roi.

Le Sicilien ou l’Amour peintre est joué à Saint-Germain le 14 février 1667, dans le Ballet des Muses, dont il constitue la 14e et dernière entrée, puis deux ou trois fois, les jours suivants, jusqu’au 20 février. À partir du 10 juin de la même année jusqu’à la fin de juillet, après une grave maladie de Molière [1] , la pièce est donnée au Palais-Royal, accompagnant Attila de Pierre Corneille, mais sans beaucoup de succès [2]  ; elle est imprimée à la fin de l’année 1667, portant la date de 1668 au titre.

Il s’agit d’une petite comédie-ballet dont le poète a emprunté la donnée à un certain nombre de ses pièces antérieures : comme dans L’Étourdi, la scène se situe dans une Sicile de convention ; quant à l’entrée de Climène chez Dom Pèdre, qui va permettre l’évasion d’Isidore, elle rappelle l’acte III de L’École des maris, ou encore le dénouement de L’Amour médecin et du Médecin malgré lui ; cette technique du réemploi est familière à notre dramaturge. Peut-être a-t-il trouvé l’idée du faux peintre qui s’introduit chez sa bien-aimée dans Le Campagnard de Gillet de la Tessonerie (1657). En fait, tous ces motifs appartiennent à une tradition théâtrale ancienne et les sources en sont sans doute multiples.

Molière emprunte également à la tradition, en faisant du valet Hali, un fourbe fier de son ingéniosité, quand il se pique de réussir, mû par le souci de sa réputation et l’amour de son « art » :

Non : le courroux du point d’honneur me prend ; il ne sera pas dit qu’on triomphe de mon adresse ; ma qualité de fourbe s’indigne de tous ces obstacles, et je prétends faire éclater les talents que j’ai eus du Ciel [3] .

Enfin, l’expression s’est faite ici particulièrement fraiche et séduisante, poétique même à certains moments. Dès les premiers mots que prononce Hali, le ton est donné :

Il fait noir comme dans un four : le ciel s’est habillé ce soir en Scaramouche, et je ne vois pas une étoile qui montre le bout de son nez.

On a souvent signalé l’abondance des vers blancs dans ce texte. Molière a-t-il d’abord envisagé de l’écrire en vers libres, comme ceux qui feront merveille dans Amphitryon ? Ou a-t-il simplement été entraîné par cette tendance de l’auteur-acteur à donner un certain rythme à son écriture dramatique ?

On le voit, il y a dans tout cela une invention qui ne se prend pas trop au sérieux et un décousu aimable qui rappelle la commedia dell’arte. Mais, pour être une pièce dénuée de toute prétention, Le Sicilien n’en est pas moins une charmante comédie, et, au dire de Voltaire, la seule des œuvres en un acte du poète qui contienne « de la grâce et de la galanterie ».

[1] La troupe suspend ses représentations du 29 mars au 15 mai, à cause de la maladie de Molière ; et, le 16 avril, le gazetier Robinet laisse entendre que le poète est mourant.

[2] Les 17 représentations qui se succèdent du 10 juin au 24 juillet ne rapportent en tout que 3000 livres, soit moins de 180 livres en moyenne par représentation. C’est seulement après la mort de Molière que le succès de cette pièce s’affirmera.

[3] Scène 5. Cf. L ?Étourdi, III, 1 et Les Fourberies de Scapin, I, 2 : « J’ai sans doute reçu du Ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d’esprit, de galanteries ingénieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies ? »