Lecture

Molière considère que, contrairement à la tragédie, écrite à la fois pour la représentation et pour la lecture, car la beauté de son langage se suffit à elle-même, la comédie ne donne sa mesure que sur la scène, et qu'elle s'appauvrit quand on la prive du jeu de l'acteur. Il le dit dans le célèbre avis «Au lecteur» de l'Amour médecin : «Il n'est pas nécessaire de vous avertir qu'il y a beaucoup de choses qui ne dépendent que de l'action. On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées; et je ne conseille de lire celle-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du Théâtre. Ce que je vous dirai, c'est qu'il serait à souhaiter que ces sortes d'ouvrages pussent toujours se montrer à vous avec les ornements qui les accompagnent chez le Roi.» Il n'empêche que la pratique de la lecture d'une œuvre nouvelle, avant la première, est fort répandue, car elle contribue évidemment au lancement publicitaire de celle-ci; on sait d'autre part que la lecture privée peut être une arme dans les luttes de notre dramaturge; ainsi, durant «l'affaire du Tartuffe», Molière lit son œuvre au cardinal Chigi, légat du Pape, et cela suffit à lever les craintes de l'homme d'Église.

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