Madame,
Je suis le plus embarrassé homme du monde, lorsqu’il me faut dédier un livre ;
et je me trouve si peu fait au style d’épître dédicatoire, que je ne sais par où
sortir de celle-ci. Un autre auteur qui serait en ma place trouverait d’abord
cent belles choses à dire de Votre Altesse Royale, sur le titre de L’École
des femmes, et l’offre qu’il vous en ferait. Mais, pour moi, Madame, je vous
avoue mon faible. Je ne sais point cet art de trouver des rapports entre des
choses si peu proportionnées ; et, quelques belles lumières que mes confrères les
auteurs me donnent tous les jours sur de pareils sujets, je ne vois point ce que
Votre Altesse Royale pourrait avoir à démêler avec la comédie que je lui
présente. On n’est pas en peine, sans doute, comment il faut faire pour vous
louer. La matière, Madame, ne saute que trop aux yeux ; et, de quelque côté qu’on
vous regarde, on rencontre gloire sur gloire, et qualités sur qualités. Vous en
avez, Madame, du côté du rang et de la naissance, qui vous font respecter de
toute la terre. Vous en avez du côté des grâces, et de l’esprit et du corps, qui
vous font admirer de toutes les personnes qui vous voient. Vous en avez du côté
de l’âme, qui, si l’on ose parler ainsi, vous font aimer de tous ceux qui ont
l’honneur d’approcher de vous : je veux dire cette douceur pleine de charmes,
dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez, cette
bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paraître pour
tout le monde. Et ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et
dont je sens fort bien que je ne me pourrai taire quelque jour. Mais encore une
fois, Madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si
éclatantes et ce sont choses, à mon avis, et d’une trop vaste étendue et d’un
mérite trop relevé, pour les vouloir renfermer dans une épître, et les mêler
avec des bagatelles. Tout bien considéré, Madame, je ne vois rien à faire ici
pour moi, que de vous dédier simplement ma comédie et de vous assurer, avec tout
le respect qu’il m’est possible, que je suis,
De Votre Altesse Royale,
Madame,
Le très humble, très obéissant
et très obligé
serviteur,
J.-B. MOLIÈRE.