ACTE II, SCÈNE PREMIÈRE
| ÉRASTE | |
| Mes fâcheux à la fin se sont-ils écartés ? Je pense qu’il en pleut ici de tous côtés. | |
| 295 | Je les fuis, et les trouve, et pour second martyre, Je ne saurais trouver celle que je désire. Le tonnerre, et la pluie ont promptement passé, Et n’ont point, de ces lieux, le beau monde chassé. Plût au Ciel, dans les dons que ses soins y prodiguent, |
| 300 | Qu’ils en eussent chassé tous les gens, qui fatiguent [1] ! Le soleil baisse fort, et je suis étonné, Que mon valet encor ne soit point retourné. |
SCÈNE II
| ALCIPPE, ÉRASTE. | |
| ALCIPPE | |
| Bonjour. | |
ÉRASTE | |
| Eh quoi toujours ma flamme divertie [2] ! | |
ALCIPPE | |
| Console-moi, Marquis, d’une étrange partie, | |
| 305 | Qu’au piquet je perdis, hier, contre un Saint-Bouvain, À qui je donnerais quinze points, et la main. C’est un coup enragé, qui depuis hier m’accable, Et qui ferait donner tous les joueurs au diable ; Un coup assurément à se pendre en public. |
| 310 | Il ne m’en faut que deux ; l’autre a besoin d’un pic. Je donne ; il en prend six, et demande à refaire ; Moi, me voyant de tout, je n’en voulus rien faire. Je porte l’as de trèfle, admire mon malheur, L’as, le roi, le valet, le huit, et dix de cœur, |
| 315 | Et quitte, comme au point allait la politique, Dame, et roi de carreau, dix ,et dame de pique. Sur mes cinq cœurs portés la dame arrive encor, Qui me fait justement une quinte major : Mais mon homme, avec l’as, non sans surprise extrême, |
| 320 | Des bas carreaux, sur table, étale une sixième. J’en avais écarté la dame, avec le roi ; Mais lui fallant un pic [3] , je sortis hors d’effroi, Et croyais bien du moins faire deux points uniques. Avec les sept carreaux, il avait quatre piques ; |
| 325 | Et, jetant le dernier, m’a mis dans l’embarras, De ne savoir lequel garder de mes deux as. J’ai jeté l’as de cœur, avec raison me semble ; Mais il avait quitté quatre trèfles ensemble, Et par un six de cœur je me suis vu capot [4] , |
| 330 | Sans pouvoir, de dépit, proférer un seul mot. Morbleu fais-moi raison de ce coup effroyable. À moins que l’avoir vu, peut-il être croyable ? |
ÉRASTE | |
| C’est dans le jeu, qu’on voit les plus grands coups du sort. | |
ALCIPPE | |
| Parbleu tu jugeras, toi-même, si j’ai tort ; | |
| 335 | Et si c’est sans raison, que ce coup me transporte ; Car voici nos deux jeux, qu’exprès sur moi je porte. Tiens, c’est ici mon port [5] , comme je te l’ai dit ; Et voici... |
ÉRASTE | |
| J’ai compris le tout, par ton récit, | |
| Et vois de la justice au transport qui t’agite ; | |
| 340 | Mais, pour certaine affaire, il faut que je te quitte : Adieu console-toi, pourtant, de ton malheur. |
ALCIPPE | |
| Qui, moi ? j’aurai toujours ce coup-là sur le cœur : Et c’est, pour ma raison, pis qu’un coup de tonnerre. Je le veux faire, moi, voir à toute la terre, | |
Il s’en va et prêt à rentrer, il dit par réflexion | |
| Un six de cœur ! deux points ! | |
ÉRASTE | |
| 345 | En quel lieu sommes-nous ! |
| De quelque part qu’on tourne, on ne voit que des fous. Ah ! que tu fais languir ma juste impatience. | |
SCÈNE III
| LA MONTAGNE, ÉRASTE. | |
| LA MONTAGNE | |
| Monsieur, je n’ai pu faire une autre diligence. | |
ÉRASTE | |
| Mais me rapportes-tu quelque nouvelle enfin ? | |
LA MONTAGNE | |
| 350 | Sans doute ; et de l’objet qui fait votre destin, J’ai par un ordre exprès quelque chose à vous dire [6] . |
ÉRASTE | |
| Et quoi ? déjà mon cœur après ce mot soupire, Parle. | |
LA MONTAGNE | |
| Souhaitez-vous de savoir ce que c’est ? | |
ÉRASTE | |
| Oui, dis vite. | |
LA MONTAGNE | |
| Monsieur, attendez, s’il vous plaît. | |
| 355 | Je me suis, à courir, presque mis hors d’haleine. |
ÉRASTE | |
| Prends-tu quelque plaisir à me tenir en peine ? | |
LA MONTAGNE | |
| Puisque vous désirez de savoir promptement L’ordre que j’ai reçu de cet objet charmant, Je vous dirai... Ma foi, sans vous vanter mon zèle, | |
| 360 | J’ai bien fait du chemin pour trouver cette belle, Et si... |
ÉRASTE | |
| Peste soit fait de tes digressions [i] . | |
LA MONTAGNE | |
| Ah ! il faut modérer un peu ses passions, Et Sénèque... | |
ÉRASTE | |
| Sénèque est un sot dans ta bouche, | |
| Puisqu’il ne me dit rien de tout ce qui me touche. Dis-moi ton ordre, tôt. | |
LA MONTAGNE | |
| 365 | Pour contenter vos vœux, |
| Votre Orphise... Une bête est là dans vos cheveux. | |
ÉRASTE | |
| Laisse. | |
LA MONTAGNE | |
| Cette beauté de sa part vous fait dire... | |
ÉRASTE | |
| Quoi ! | |
LA MONTAGNE | |
| Devinez. | |
ÉRASTE | |
| Sais-tu que je ne veux pas rire ? | |
LA MONTAGNE | |
| Son ordre est qu’en ce lieu vous devez vous tenir, | |
| 370 | Assuré que dans peu vous l’y verrez venir, Lorsqu’elle aura quitté quelques provinciales, Aux personnes de cour fâcheuses animales. |
ÉRASTE | |
| Tenons-nous donc au lieu qu’elle a voulu choisir : Mais, puisque l’ordre ici m’offre quelque loisir, | |
| 375 | Laisse-moi méditer, j’ai dessein de lui faire Quelques vers, sur un air, où je la vois se plaire. |
Il se promène en rêvant. | |
SCÈNE IV
| ORANTE, CLYMÈNE, ÉRASTE. | |
| ORANTE | |
| Tout le monde sera de mon opinion. | |
CLYMÈNE | |
| Croyez-vous l’emporter par obstination ? | |
ORANTE | |
| Je pense mes raisons meilleures que les vôtres. | |
CLYMÈNE | |
| 380 | Je voudrais qu’on ouît les unes et les autres. |
ORANTE | |
| J’avise un homme ici qui n’est pas ignorant ; Il pourra nous juger sur notre différend. Marquis, de grâce, un mot : souffrez qu’on vous appelle, Pour être, entre nous deux, juge d’une querelle, | |
| 385 | D’un débat, qu’ont ému nos divers sentiments, Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants. |
ÉRASTE | |
| C’est une question à vider difficile, Et vous devez chercher un juge plus habile. | |
ORANTE | |
| Non, vous nous dites là d’inutiles chansons : | |
| 390 | Votre esprit fait du bruit, et nous vous connaissons ; Nous savons que chacun vous donne à juste titre... |
ÉRASTE | |
| Hé de grâce,... | |
ORANTE | |
| En un mot, vous serez notre arbitre, | |
| Et ce sont deux moments qu’il vous faut nous donner. | |
CLYMÈNE | |
| Vous retenez ici qui vous doit condamner : | |
| 395 | Car enfin, s’il est vrai ce que j’en ose croire, Monsieur, à mes raisons, donnera la victoire. |
ÉRASTE | |
| Que ne puis-je à mon traître inspirer le souci, D’inventer quelque chose à me tirer d’ici ! | |
ORANTE | |
| Pour moi de son esprit j’ai trop bon témoignage, | |
| 400 | Pour craindre qu’il prononce à mon désavantage. Enfin ce grand débat qui s’allume entre nous, Est de savoir s’il faut qu’un amant soit jaloux. |
CLYMÈNE | |
| Ou, pour mieux expliquer ma pensée et la vôtre, Lequel doit plaire plus d’un jaloux ou d’un autre. | |
ORANTE | |
| 405 | Pour moi, sans contredit, je suis pour le dernier. |
CLYMÈNE | |
| Et dans mon sentiment je tiens pour le premier. | |
ORANTE | |
| Je crois que notre cœur doit donner son suffrage, À qui fait éclater du respect davantage. | |
CLYMÈNE | |
| Et moi, que si nos vœux doivent paraître au jour, | |
| 410 | C’est pour celui qui fait éclater plus d’amour. |
ORANTE | |
| Oui, mais on voit l’ardeur dont une âme est saisie, Bien mieux dans le respect, que dans la jalousie [7] . | |
CLYMÈNE | |
| Et c’est mon sentiment, que qui s’attache à nous, Nous aime d’autant plus, qu’il se montre jaloux. | |
ORANTE | |
| 415 | Fi ne me parlez point, pour être amants, Clymène, De ces gens dont l’amour est fait comme la haine, Et qui, pour tous respects, et toute offre de vœux, Ne s’appliquent jamais qu’à se rendre fâcheux ; Dont l’âme, que sans cesse un noir transport anime, |
| 420 | Des moindres actions cherche à nous faire un crime ; En soumet l’innocence à son aveuglement, Et veut, sur un coup d’œil, un éclaircissement : Qui de quelque chagrin nous voyant l’apparence, Se plaignent aussitôt, qu’il naît de leur présence ; |
| 425 | Et lorsque dans nos yeux brille un peu d’enjouement, Veulent que leurs rivaux en soient le fondement : Enfin, qui prenant droit des fureurs de leur zèle, Ne vous parlent jamais, que pour faire querelle ; Osent défendre à tous l’approche de nos cœurs, |
| 430 | Et se font les tyrans de leurs propres vainqueurs. Moi je veux des amants que le respect inspire ; Et leur soumission marque mieux notre empire. |
CLYMÈNE | |
| Fi ne me parlez point, pour être vrais amants, De ces gens, qui pour nous n’ont nuls emportements ; | |
| 435 | De ces tièdes galants, de qui les cœurs paisibles, Tiennent déjà pour eux les choses infaillibles ; N’ont point peur de nous perdre, et laissent chaque jour, Sur trop de confiance endormir leur amour ; Sont avec leurs rivaux en bonne intelligence, |
| 440 | Et laissent un champ libre à leur persévérance. Un amour si tranquille excite mon courroux. C’est aimer froidement que n’être point jaloux ; Et je veux, qu’un amant pour me prouver sa flamme, Sur d’éternels soupçons laisse flotter son âme, |
| 445 | Et par de prompts transports, donne un signe éclatant De l’estime qu’il fait de celle qu’il prétend [8] . On s’applaudit alors de son inquiétude, Et s’il nous fait parfois un traitement trop rude, Le plaisir de le voir soumis à nos genoux, |
| 450 | S’excuser de l’éclat qu’il a fait contre nous, Ses pleurs, son désespoir d’avoir pu nous déplaire, Est un charme à calmer toute notre colère [9] . |
ORANTE | |
| Si pour vous plaire il faut beaucoup d’emportement, Je sais qui vous pourrait donner contentement ; | |
| 455 | Et je connais des gens dans Paris plus de quatre, Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre. |
CLYMÈNE | |
| Si pour vous plaire il faut n’être jamais jaloux, Je sais certaines gens fort commodes pour vous ; Des hommes en amour d’une humeur si souffrante, | |
| 460 | Qu’ils vous verraient sans peine entre les bras de trente. |
ORANTE | |
| Enfin, par votre arrêt vous devez déclarer, Celui de qui l’amour vous semble à préférer. | |
ÉRASTE | |
| Puisqu’à moins d’un arrêt je ne m’en puis défaire, Toutes deux à la fois je vous veux satisfaire ; | |
| 465 | Et pour ne point blâmer ce qui plaît à vos yeux, Le jaloux aime plus, et l’autre aime bien mieux. |
CLYMÈNE | |
| L’arrêt est plein d’esprit ; mais... | |
ÉRASTE | |
| Suffit, j’en suis quitte. | |
| Après ce que j’ai dit, souffrez que je vous quitte. | |
SCÈNE V
| ORPHISE, ÉRASTE. | |
| ÉRASTE | |
| Que vous tardez, Madame, et que j’éprouve bien... | |
ORPHISE | |
| 470 | Non, non, ne quittez pas un si doux entretien. À tort vous m’accusez d’être trop tard venue, Et vous avez de quoi vous passer de ma vue. |
ÉRASTE | |
| Sans sujet contre moi voulez-vous vous aigrir, Et me reprochez-vous ce qu’on me fait souffrir ? Ha ! de grâce attendez... | |
ORPHISE | |
| 475 | Laissez-moi, je vous prie, |
| Et courez vous rejoindre à votre compagnie. | |
Elle sort. | |
| ÉRASTE | |
| Ciel, faut-il qu’aujourd’hui fâcheuses, et fâcheux Conspirent à troubler les plus chers de mes vœux ! Mais allons sur ses pas, malgré sa résistance, | |
| 480 | Et faisons à ses yeux briller notre innocence. |
SCÈNE VI
| DORANTE, ÉRASTE [10] . | |
| DORANTE | |
| Ha Marquis que l’on voit de fâcheux tous les jours, Venir de nos plaisirs interrompre le cours ! Tu me vois enragé d’une assez belle chasse, Qu’un fat... C’est un récit qu’il faut que je te fasse. | |
ÉRASTE | |
| 485 | Je cherche ici quelqu’un, et ne puis m’arrêter. |
DORANTE, le retenant. | |
| Parbleu chemin faisant je te le veux conter. Nous étions une troupe, assez bien assortie, Qui pour courir un cerf avions hier fait partie ; Et nous fûmes coucher sur le pays exprès, | |
| 490 | C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts. Comme cet exercice est mon plaisir suprême, Je voulus, pour bien faire, aller au bois moi-même [11] ; Et nous conclûmes tous d’attacher nos efforts, Sur un cerf, qu’un chacun nous disait cerf dix-cors ; |
| 495 | Mais moi, mon jugement, sans qu’aux marques j’arrête, Fut qu’il n’était que cerf à sa seconde tête [12] . Nous avions, comme il faut, séparé nos relais [13] , Et déjeunions en hâte, avec quelques œufs frais ; Lorsqu’un franc campagnard, avec longue rapière, |
| 500 | Montant superbement sa jument poulinière, Qu’il honorait du nom de sa bonne jument, S’en est venu nous faire un mauvais compliment, Nous présentant aussi, pour surcroît de colère, Un grand benêt de fils, aussi sot que son père. |
| 505 | Il s’est dit grand chasseur, et nous a priés tous, Qu’il pût avoir le bien de courir avec nous. Dieu préserve, en chassant, toute sage personne, D’un porteur de huchet [14] , qui mal à propos sonne ; De ces gens, qui suivis de dix hourets [15] galeux, |
| 510 | Disent "ma meute [16] ", et font les chasseurs merveilleux. Sa demande reçue, et ses vertus prisées, Nous avons été tous frapper à nos brisées. À trois longueurs de trait, tayaut ; voilà d’abord Le cerf donné aux chiens. J’appuie, et sonne fort. |
| 515 | Mon cerf débuche [17] , et passe une assez longue plaine, Et mes chiens après lui ; mais si bien en haleine, Qu’on les aurait couverts tous d’un seul justaucorps. Il vient à la forêt. Nous lui donnons alors La vieille meute [18] ; et moi, je prends en diligence Mon cheval alezan. Tu l’as vu ? |
ÉRASTE | |
| 520 | Non, je pense. |
DORANTE | |
| Comment ? C’est un cheval aussi bon qu’il est beau, Et que ces jours passés, j’achetai de Gaveau [19] . Je te laisse à penser, si, sur cette matière, Il voudrait me tromper, lui qui me considère : | |
| 525 | Aussi je m’en contente, et jamais, en effet, Il n’a vendu cheval, ni meilleur, ni mieux fait : Une tête de barbe, avec l’étoile nette ; L’encolure d’un cygne, effilée, et bien droite ; Point d’épaules non plus qu’un lièvre, court-jointé, |
| 530 | Et qui fait dans son port voir sa vivacité. Des pieds, morbleu, des pieds ! le rein double [20] : à vrai dire, J’ai trouvé le moyen, moi seul, de le réduire, Et sur lui, quoique aux yeux il montrât beau semblant, Petit-Jean de Gaveau [21] ne montait qu’en tremblant. |
| 535 | Une croupe, en largeur, à nulle autre pareille, Et des gigots, Dieu sait ! Bref c’est une merveille, Et j’en ai refusé cent pistoles, crois-moi, Au retour [22] d’un cheval amené pour le Roi. Je monte donc dessus, et ma joie était pleine, |
| 540 | De voir filer de loin les coupeurs [23] dans la plaine ; Je pousse, et je me trouve en un fort à l’écart. À la queue de nos chiens moi seul avec Drécar [24] . Une heure là dedans notre cerf se fait battre. J’appuie alors mes chiens, et fais le diable à quatre : |
| 545 | Enfin jamais chasseur ne se vit plus joyeux ; Je le relance seul, et tout allait des mieux ; Lorsque d’un jeune cerf s’accompagne le nôtre [25] , Une part de mes chiens se sépare de l’autre, Et je les vois, Marquis, comme tu peux penser, |
| 550 | Chasser tous avec crainte, et Finaut balancer. Il se rabat soudain, dont j’eus l’âme ravie ; Il empaume la voie [26] , et moi je sonne et crie, "À Finaut ! à Finaut [27] " : j’en revois [28] à plaisir Sur une taupinière, et résonne à loisir. |
| 555 | Quelques chiens revenaient à moi, quand pour disgrâce, Le jeune cerf, Marquis, à mon campagnard passe. Mon étourdi se met à sonner comme il faut, Et crie à pleine voix "tayaut ! tayaut ! tayaut !" Mes chiens me quittent tous, et vont à ma pécore [29] , |
| 560 | J’y pousse et j’en revois dans le chemin encore ; Mais à terre, mon cher, je n’eus pas jeté l’œil, Que je connus le change [30] , et sentis un grand deuil. J’ai beau lui faire voir toutes les différences, Des pinces de mon cerf, et de ses connaissances [i] ; |
| 565 | Il me soutient toujours, en chasseur ignorant, Que c’est le cerf de meute [31] , et par ce différend Il donne temps aux chiens d’aller loin : j’en enrage, Et pestant de bon cœur contre le personnage, Je pousse mon cheval, et par haut, et par bas, |
| 570 | Qui pliait des gaulis [32] aussi gros que les bras : Je ramène les chiens à ma première voie, Qui vont, en me donnant une excessive joie, Requérir notre cerf, comme s’ils l’eussent vu : Ils le relancent ; mais, ce coup est-il prévu ? |
| 575 | À te dire le vrai, cher Marquis, il m’assomme. Notre cerf relancé va passer à notre homme, Qui croyant faire un trait de chasseur fort vanté, D’un pistolet d’arçon qu’il avait apporté, Lui donne justement au milieu de la tête, |
| 580 | Et de fort loin me crie : "Ah ! j’ai mis bas la bête." A-t-on jamais parlé de pistolets, bon Dieu ! Pour courre un cerf ? Pour moi venant dessus le lieu, J’ai trouvé l’action tellement hors d’usage, Que j’ai donné des deux à mon cheval, de rage, |
| 585 | Et m’en suis revenu chez moi toujours courant, Sans vouloir dire un mot à ce sot ignorant. |
ÉRASTE | |
| Tu ne pouvais mieux faire, et ta prudence est rare : C’est ainsi, des fâcheux, qu’il faut qu’on se sépare ; Adieu. | |
DORANTE | |
| Quand tu voudras, nous irons quelque part, | |
| 590 | Où nous ne craindrons point de chasseur campagnard. |
ÉRASTE | |
| Fort bien. Je crois qu’enfin je perdrai patience. Cherchons à m’excuser avecque diligence. | |
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BALLET DU SECOND ACTE PREMIÈRE ENTRÉE Des joueurs de boule l’arrêtent pour mesurer un coup, dont ils sont en dispute. Il se défait d’eux avec peine, et leur laisse danser un pas, composé de toutes les postures qui sont ordinaires à ce jeu. DEUXIÈME ENTRÉE De petits frondeurs les viennent interrompre qui sont chassés ensuite TROISIÈME ENTRÉE par des savetiers, et des savetières, leurs pères, et autres qui sont aussi chassés à leur tour QUATRIÈME ENTRÉE par un jardinier qui danse seul, et se retire pour faire place au troisième acte. | |